3 questions à Grégoire Léna, Responsable Équipe Projet de la Division Énergie à l’AFD

L’Agence Française de Développement (AFD), le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) et l’Agence de la Transition Écologique (Ademe) ont commandité une étude de capitalisation portant sur des projets d’accès à l’énergie hors-réseau en Afrique portés par trois ONG (la Fondem, le GERES et le GRET) et trois opérateurs privés (Sagemcom, IED, Nanoé).

Les résultats de ce travail de capitalisation viennent d’être publiés et sont disponibles ici.

Zoom sur la genèse et les objectifs du projet avec Grégoire Léna, Responsable Équipe Projet de la Division Énergie à l’AFD.

En quoi a consisté ce travail de capitalisation ?

"Pour l’AFD et ses partenaires, le FFEM et l’Ademe, l’objectif de ce travail de capitalisation était de faire le point sur les savoirs faire acquis par les ONG françaises, que nous soutenons depuis de nombreuses années, dans le domaine des mini-réseaux d’électrification rurale. Par ailleurs, depuis quelques années, des acteurs privés sont entrés dans ce secteur, avec leurs propres modalités d’action, des capacités de financement importantes, et des objectifs de rentabilité qu’il faut pouvoir ajuster aux réalités de terrain. Ils ont aussi apporté de l’innovation technique, avec le paiement mobile par exemple.
Nous avons donc proposé à trois ONG, le GRET, le GERES et la FONDEM, et à trois acteurs privés, Sagemcom, Nanoé et Innovations énergie développement (IED), de partager et croiser leurs expériences en matière de projets d’électrification par mini-réseaux. Les ONG ont travaillé ensemble pour dégager les bonnes pratiques qu’elles adoptent et en tirer des recommandations. Et nous avons accompagné les trois acteurs privés pour identifier les enjeux clefs auxquels ils doivent répondre, dans un marché structurellement peu rentable. Puis nous avons organisé des rencontres croisées afin de partager les expériences et les solutions que ces différents acteurs ont su trouver et mettre en œuvre."

Quel est l’intérêt pour ces acteurs du secteur de capitaliser collectivement ?

"Ce sont des acteurs qui interviennent de façon différente dans le même champ d’activité. Et nous avons fait le pari que des synergies pourraient se dégager de cette capitalisation. Leurs savoir-faire sont complémentaires. Les acteurs privés ont toujours besoin de s’associer des compétences locales pour décrypter les enjeux très locaux et pour assurer la pérennité de leurs investissements. Les ONG ont la capacité de se déployer sur le terrain sur des durées longues, en tous cas de prendre le temps de créer une relation étroite avec des partenaires locaux. Des collaborations sont donc tout à fait pertinentes pour être efficaces et pour que les projets soient durables. L’enjeu de l’électrification, en Afrique notamment, est immense. Il s’agit d’apporter un service électrique aux 700 millions de personnes qui en sont privées actuellement, et faire face à une démographie en forte croissance. Nous cherchons collectivement à pouvoir changer d’échelle dans le développement de l’électrification, et tous les acteurs du secteur ont une pierre à apporter à cet édifice."

Quelles sont les principales leçons à tirer de ce travail ?

"Les travaux de capitalisation ont notamment porté sur les modes opératoires des projets et sur la temporalité de leur préparation et de leur mise en œuvre. Mais aussi sur le rôle des institutions publiques et des bailleurs de fonds. Des enseignements ont pu être tirés sur les bonnes pratiques pour agir dans des contextes réglementaires parfois rigides ou inaboutis. L’anticipation, la flexibilité, et un dialogue approfondi au niveau local, sont apparus comme des clefs de succès pour le montage des projets. La stimulation du vivier local d’entrepreneurs, et la formation des jeunes, se révèlent essentielles au développement économique local, et à la pérennité des infrastructure d’électrification.
Par ailleurs, l’appui au financement des équipements productifs et des équipements d’usage pour les ménages par exemple, est aujourd’hui reconnu comme une nécessité pour maximiser les impacts des projets.
Enfin, les participants ont fait valoir qu’une meilleure flexibilité dans les procédures de sélection des projets par les organismes financeurs permettrait de favoriser les innovations dans les modes de faire, et dans les options techniques à disposition des bénéficiaires.
Ce sont des leçons intéressantes pour l’AFD, qui cherche actuellement à mettre en place des projets plus efficients, avec davantage d’impacts sur le terrain."

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