[Sur le terrain] La Fondem étend son action au Cameroun

Les changements climatiques affectent particulièrement le secteur agricole des régions Nord et de l’Extrême Nord du Cameroun en raison de l’augmentation des températures et du dérèglement des précipitations. La prédominance de l’utilisation de la biomasse (bois) et d’autres ressources fossiles pour le développement des activités économiques en milieu rural est tout aussi préoccupante.

Dans le cadre du projet INNOVACC, la Fondem agit, avec 4 autres partenaires opérationnels et de recherche dont l’ICRAF (Centre Internationale pour la recherche en agroforesterie), pour améliorer la résilience face au changement climatique des populations du Nord du Cameroun.

Le projet se présente sous la forme de 5 composantes, chacune gérée par un partenaire dont l’objet est lié à son champ d’action. La Fondem est en charge de la composante 3 qui vise à améliorer l’accès à l’énergie des populations grâce aux ressources locales à disposition.

Les 5 composantes :

Proposer des options d’amélioration des systèmes agrosylvopastoraux dans le contexte du changement climatique

Améliorer la qualité et la disponibilité des informations agro-climatiques

Assurer le développement des services énergétiques durables basés sur les ressources locales

Favoriser l’autonomisation des femmes et la participation des jeunes dans le développement de chaînes de valeurs climato-intelligentes

Améliorer le cadre institutionnel (formel et informel) et la gouvernance locale en matière de changement climatique

LANCEMENT DU PROJET

Le projet INNOVACC a début fin 2021 mais a été lancé officiellement en juillet 2022. L’atelier de lancement a permis de rassembler toutes les organisations du consortium du projet ainsi que plusieurs partenaires et représentations des ministères et des autorités locales des zones du projet. Une présentation des conséquences du changement climatique au Cameroun a permis de donner le contexte du projet, notamment sur la pertinence d’avoir choisi 6 villages climato-intelligents qui ont été sélectionnés sur des critères d’incidence du changement climatique et de dynamique des populations.

Par la suite, chaque représentant des composantes, a pu présenter ses objectifs et la méthodologie qui sera mise en œuvre pour réaliser les activités et résultats définis. Une séance de travail en groupe a permis de cerner le point de vue de chaque partie prenante quant à la pertinence de la démarche et des activités proposées.

Pour la composante 3 en particulier, il a été souligné que les autorités et populations locales doivent être soigneusement impliquées (notamment le délégué du domaine de l'énergie), à travers une méthode d'organisation participative. Par ailleurs la sensibilisation et la mise en pratique d'outils adaptés sont essentielles pour les autorités locales qui ont émis une certaine méfiance quant à des solutions solaires trop innovantes qui seraient, à terme, délaissées par la population. Une activité supplémentaire proposée serait de promouvoir la fabrication du charbon écologique (à base de résidu agricole) pour réduire l'utilisation du bois de chauffe. 

ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE : QUELS CONSTATS ? exemple du village de Bamé

Les problématiques

À cause du manque de pluie, les sols souffrent et sont de moins en moins fertiles. Il y a moins d’arbres, la zone est presque désertique désormais. Les grosses chaleurs et inondations sont plus fréquentes et le vent ensable les semis. En brousse, les femmes sont contraintes d’apporter les herbes pour nourrir le bétail car la zone est devenue trop sèche et plus rien ne pousse. Les femmes sont allées semer fin mai, mais ont dû le refaire plusieurs fois sur chaque parcelle car les productions sont mortes à cause de la sécheresse.

Du côté des éleveurs, il a été soulevé que le manque d’espace pour le pâturage entraine des conflits entre eux et les agriculteurs. Il a également été notifié que la récurrence de certaines maladies engendrent la mort du bétail. En effet, des maladies animales, qui ne sont présentes habituellement qu’en brousse, se propagent de plus en plus loin, et notamment jusque dans les villages car les nomades se sédentarisent de plus en plus près des habitations.

Quelles solutions ? 

Les femmes se sentent particulièrement démunies face aux conséquences du changement climatique. Certaines essayent de bloquer le ruissellement vers leurs champs avec des sacs de sable. Elles laissent les plantes mourir sans rien faire, mais ont cependant conscience qu’il y a des espèces qui s’adaptent au changement climatique. Elles aimeraient qu’on les appuie sur les variétés suivantes : maïs, arachide, sorgo, riz. Elles produisent même leurs propres semences (céréales et légumineuses). Elles souhaiteraient également avoir des infos météorologiques sur les prochaines pluies pour les aider à mieux semer car elles le font actuellement à l’aveugle.

En termes de solutions déjà appliquées par les hommes pour lutter contre ces effets du changement climatique, on peut citer :

  • le reboisement (acacias, neemiers, etc.)
  • la création de fosses à compost pour augmenter le rendement des sols
  • un pépiniériste qui utilise une motopompe pour arroser ses plants indépendamment des pluies (cependant, cette motopompe lui coute 20L d’essence par semaine sans compter la maintenance et la main d’œuvre pour creuser des puits allant jusqu’à 7m de profondeur pour trouver l’eau en saison sèche.)

Quels moyens énergétiques ? 

En ce qui concerne les sources d’énergie présentes à Bamé, on constate qu’il existe un réseau de distribution mais les participants nous précisent que l’énergie fournie par la compagnie nationale de distribution d’électricité n’est disponible que 2 jours sur 7 dans le meilleur des cas. Il peut arriver que le village soit privé d’électricité pendant plus d’un mois. De plus, le réseau étant monophasé, ce qui limite les habitants car ils ne peuvent pas connecter des machines triphasées au réseau électrique. Par conséquent, ils utilisent des décortiqueuses et autres machines à gasoil pour pouvoir commercialiser leurs produits agricoles. .À cause 

ACCÈS À L'ÉNERGIE ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ? EXEMPLE DU VILLAGE DE PINTCHOUMBA

Du côté des femmes 

Les activités sont principalement liées à l’agriculture (les arachides car cela demande peu d’engrais, sésame, maïs, mil, haricot blanc, beignet) dont la production est devenue de plus en plus dure à cause du changement climatique. De nouveaux engrais existent pour y remédier mais c’est devenu trop cher. 

Pour arroser, elles vont au bord des rivières quand il reste un peu d’eau mais elles utilisent ensuite des pompes alimentées au diesel (pour celles qui en ont) ou des seaux. Pour les arachides, elles transportent les récoltes jusque chez elles puis les font griller et les amènent ensuite au moulin (alimenté au gasoil) pour la transformation en pâte. Elles transforment ensuite manuellement cette pâte en huile. Pour le stockage, elles les ramènent généralement chez elles mais les chenilles compliquent les conditions de conservation. En général, elles consomment une partie de leur récolte et vendent le reste au marché local et un grossiste revend une partie à des commerçants.

La principale source d’énergie dont dispose le village est un gros groupe électrogène appartenant à une famille qui le loue (de 12h à 20h pour 3 000 francs la semaine). Par exemple, certaines femmes l’utilisent pour brancher un frigidaire afin de conserver des jus naturels et des yaourts.

Le bois de chauffe est encore massivement utilisé bien qu’il soit de plus en plus difficile à trouver dans les zones protégées des villages. Une ONG camerounaise a enseigné aux femmes comment produire du charbon organique mais il n’y a pas eu de partage de connaissance à destination du reste du village. Il apparaît donc nécessaire d’encadrer les femmes dans la diffusion des bonnes pratiques. 

En résumé, les femmes souhaiteraient :
  • des engrais pour augmenter la production
  • des décortiqueuses
  • de la lumière et un frigo (solaire) pour stocker les jus
  • de la lumière le soir pour que les enfants puissent étudier
  • un pressoir mécanique
  • de l’éclairage public pour créer des regroupements le soir et générer de l’argent

Du côté des hommes

La plupart des hommes pratiquent à la fois l’agriculture et l’élevage à des fins consommatrices et commerciales. Ils élèvent principalement le gros bétail (notamment des bœufs) et le petit bétail (chèvres et moutons). En ce qui concerne la vente, ils disposent d’un abattoir qui leur permet de vendre au kilogramme. Cependant, lorsqu’ils ne parviennent pas à écouler la viande de l’animal, ils sont obligés de fumer le reste car ils n’ont pas de moyens de conservation (congélateur ou chambre froide). Ils utilisent également les déchets de leur bétail pour améliorer la fertilité des sols.

Le projet INNOVACC vise donc à améliorer les conditions de vie des populations rurales du Nord du Cameroun en renforçant leur résilience face au changement climatique et en favorisant le développement économique local.
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